Quand l’imagination travaille grâce au jeu…

Les jouets et jeux occupent toujours une place importante dans l’enfance. Mais s’agit-il d’apprendre en s’amusant ou de s’amuser à développer des connaissances et compétences ?  Et à l’heure où les écrans deviennent omniprésents, sont-ils devenus ringards aux yeux du jeune public ? Le jeu est une occupation spontanée pour l’enfant. Mais quel regard portent les parents sur ces activités ludiques ? Une étude menée par Ipsos en juin 2013 révèle que leurs attentes principales – concernant un jeu ou un jouet – sont d’apprendre en s’amusant et de faire travailler l’imagination. Allons plus loin.

Place à l’action

Apprentissage, travail… Voilà des termes qui s’éloignent du concept de divertissement. Anna Blanco, responsable du Service municipal de l’Enfance à St Ouen (93), juge le jeu comme un lien qui unit les enfants aux autres et comme un stimulateur. « Jouer offre la possibilité d’être acteur tout au long de la partie, dans le sens actif», explique-t-elle. A Saint-Ouen, où se déroule en mai la 24e édition du Festival du Jeu1, essentiellement axé sur les jeux de plateaux, l’aspect créatif est ainsi mis en avant. « Le large éventail d’offres dans le domaine permet à chacun de développer des compétences différentes, poursuit Anna Blanco. Selon l’individu, il peut s’agir d’adresse, du sens de l’observation, de stratégie… Chacun doit trouver sa place. »

Plus qu’apprendre, l’enfant peut se révéler par le jeu, d’autant que la valeur éducative d’un jouet n’est pas systématique. Cela dépend de l’âge et du temps consacré à l’activité. Après la phase d’éveil, les stimulations à la motricité, viennent le temps du développement de l’imaginaire (à partir de 4 ans), puis celui des jeux cadrés et du désir de compétition (vers 6 ans). Mais à travers toutes ces étapes, la notion de liberté demeure essentielle. Ainsi, de nombreux experts encouragent la manipulation de jouets ou objets peu structurés, tels qu’une balle ou une boîte en carton. L’idée à assimiler par l’enfant est la suivante : ce n’est pas aux jouets de le commander, mais à lui de s’imposer et de fixer ses règles.

Le juste équilibre

Reste que pour certains, l’avènement des écrans au sein du foyer pourrait nuire à un bon développement de l’imagination. Pour la pédopsychiatre Suzanne Vallière2, l’action créative à travers le jeu est indispensable : « Cela permet à l’enfant de se projeter dans un monde imaginaire très sain pour lui. Un univers qu’il ne peut pas enrichir avec un ordinateur ou des jeux vidéos ».

Mais les jeunes générations actuelles évoluent dans une société toujours mieux équipée. En moyenne, chaque foyer où vivent les 6-11 ans possède dix écrans, quel que soit le niveau social. Il n’est alors pas question de diaboliser la technologie, mais d’apprendre à vivre avec. Le jeu est un univers riche qui se compose de différents supports, lesquels s’inspirent entre eux. Comme le souligne Anna Blanco : « Certains jeux de plateaux arrivent sur écran, comme le jeu de stratégie Abalone (©Asmodee) ou encore le casse-tête Rush Hour (©Ravensburger). Et le lien entre participants existe toujours. » En outre, l’évolution engendre une réflexion sur l’aspect esthétique des jeux classiques. « En effet, un gros travail est réalisé sur les illustrations afin de rendre les coffrets plus attractifs. » Aujourd’hui, les boîtes de jeux ne se rangent plus dans les armoires, mais s’exposent. La télé ne serait donc plus la reine du salon.

  1. Plus de renseignements sur : www.saint-ouen.fr
  2. Auteur de la série d’ouvrages Les Psy-trucs aux éditions de l’Homme.
  3. Observatoire Gulli, 2008

Par Agathe Jaffredo